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Portrait

Juin 2006
 
 

Entretien avec S.E. M. Samuel Améhou :
quelle issue pour les négociations du Cycle de Doha ?
[note 1]

Les négociations du Cycle de Doha

S.E. M. Améhou a jugé regrettable le non respect de l’échéance du 30 avril, fixée par les Ministres lors de la Conférence de Hong Kong, Chine, en décembre dernier, en vue d’aboutir à des modalités sur l’agriculture et l’accès aux marchés pour les produits non agricoles (NAMA).

Les raisons de cette situation sont multiples, mais la principale selon l’Ambassadeur Améhou, réside dans le manque évident de volonté politique de certains partenaires, alors que l’essentiel du travail technique a bien été effectué au niveau des Groupes de négociation à Genève. L’Ambassadeur Améhou a tenu à saluer les efforts entrepris par les différents Présidents de Groupe dans la conduite de ces travaux, ainsi que la résolution affichée des pays en développement et singulièrement des pays africains pour faire avancer les négociations.

L’Ambassadeur Améhou a exprimé ses craintes quant à l’aboutissement des négociations du Cycle de Doha d’ici la fin de cette année et les conséquences qu’engendrerait une telle issue notamment pour les pays en développement et plus particulièrement pour les moins avancés d’entre eux (PMA).

S.E. M. Améhou a par ailleurs estimé que tant dans l’intérêt des membres de l’OMC, que pour la crédibilité de l’organisation, il est indispensable que les négociations aboutissent. C’est d’ailleurs le sens du message que l’Ambassadeur Améhou a récemment adressé à l’OMC aux représentants des pays industrialisés.

L’Ambassadeur Améhou a également exprimé sa préoccupation quant au volume de travail qui demeure à accomplir d’ici la fin de l’année. Il n’est pas exclu, a-t-il ajouté, que la volonté politique qui a tant fait défaut à ce jour, intervienne prochainement. Dans ce cas, et compte tenu du laps de temps restant, les négociations vont s’intensifier et se concentrer à Genève. Une fois de plus, les PMA risquent d’être les premiers affectés par une telle éventualité. En effet, nombre d’entre eux n’auront ni les capacités humaines ni les ressources financières suffisantes pour prendre effectivement part à de telles négociations.

Coordinateur de l’Initiative sectorielle en faveur du coton à l’OMC, S.E. M. Améhou a parlé de percées plutôt que d’avancées pour qualifier les résultats de la Conférence ministérielle de Hong Kong sur cette question. Sur le volet commercial par exemple, la décision visant à l’élimination des subventions à l’exportation dès 2006 ne fait, selon l’Ambassadeur Améhou, qu’entériner celle rendue par l’Organe de règlement des différends dans le cadre du litige opposant le Brésil aux Etats-Unis.

Pour ce qui est de la suppression des soutiens internes, l’Ambassadeur Améhou a estimé que les ambitions ayant été réduites sur ce point dans les discussions sur l’agriculture bien avant la Conférence ministérielle de Hong Kong, il n’était raisonnablement pas envisageable de s’attendre à des annonces significatives dans ce domaine. Les seuls éléments encourageants concernant le coton résident dans le niveau plus élevé de réduction des soutiens internes et dans le délai de mise en œuvre plus court de toute formule générale qui sera convenue à cet effet.

S.E. M. Améhou a indiqué également que c’est ce que viennent d’opérationnaliser les co-auteurs de l’Initiative sectorielle en faveur du coton (C4) dans leurs propositions de modalités pour le coton du 1er mars 2006 [note 2].

Sur les aspects de la question du coton liés au développement, l’Ambassadeur Améhou a regretté l’échec des revendications concernant la compensation des pertes de revenus subies par les producteurs africains en raison des subventions. Néanmoins, le mandat donné par les Ministres au Directeur général de l’OMC, pour rechercher les voies et moyens en vue de l’établissement d’un mécanisme approprié applicable jusqu’à l’arrêt des subventions, constitue un réel motif d’espoir.

Les résultats de Hong Kong ont certes été loin de remplir les attentes des pays africains, mais l’Ambassadeur Améhou a insisté sur la valeur symbolique des décisions rendues dans ce contexte d’autant que, bien que ne figurant pas dans le Programme de travail de Doha, la question du coton fait désormais partie intégrante des négociations.

Enfin, l’Ambassadeur Améhou a tenu à rappeler que toutes les actions menées par le C4 dans le cadre de l’Initiative sectorielle, le sont au nom de tous les pays africains producteurs de coton. Par conséquent il convient de souligner que les avancées sur cette question profiteront à tous. C’est la raison pour laquelle l’Ambassadeur Améhou a exhorté les pays africains producteurs de coton non seulement à prendre une part effective aux travaux du Sous-Comité du coton, mais aussi à proposer des projets de développement dans le secteur du coton.

Selon l’Ambassadeur Améhou, ce sujet a suscité beaucoup d’attentes parmi les pays en développement qui y ont vu une opportunité pour combler leurs déficits structurels constitutifs de contraintes sur l’offre.

En qualité de membre du Groupe de travail sur l’Aide pour le commerce mis en place par le Directeur général de l’OMC et à la lueur des discussions en cours, S.E. M. Améhou s’est montré plutôt réservé quant aux résultats qu’il convient d’en attendre. L’Ambassadeur Améhou a considéré que des incertitudes majeures subsistent notamment sur les secteurs qui seront couverts par ce programme, les pays éligibles et sur son opérationnalisation. Il est peu probable, a-t-il indiqué, que l’Aide pour le commerce constitue un cadre spécifique distinct des outils traditionnels d’assistance existants comme le souhaitent la plupart des pays en développement.

L’Ambassadeur Améhou a déclaré que cette situation est d’autant plus dommageable que si des facilités sont accordées aux PMA dans le cadre des négociations en matière d’accès aux marchés, quelle en sera l’utilité en l’absence d’outils de production adéquats dans ces pays ?

C’est la raison pour laquelle l’Ambassadeur Améhou a estimé qu’il serait certainement utile de reconsidérer les attentes par rapport à l’Aide pour le commerce. De plus S.E. M. Améhou n’a pas manqué de souligner que de nombreux engagements pris auparavant par la communauté internationale en faveur du développement sont loin d’avoir été véritablement tenus pour l’instant. Comment, dans ces conditions, envisager sereinement ces nouvelles propositions, s’est-il interrogé.

S.E. M. Améhou a insisté sur l’importance et l’utilité de l’établissement d’une Mission permanente à Genève, malgré les contraintes que cela représente pour des pays aux ressources limitées.

L’Ambassadeur Améhou a énuméré les difficultés qu’il a personnellement rencontrées lors de l’ouverture de la Mission permanente du Bénin à Genève en 2000. Néanmoins, il reste persuadé que les efforts consentis ont été payants et encourage par conséquent les PMA non-résidents à combler ce qui, à certains égards, constitue pour eux un handicap supplémentaire. L’Ambassadeur Améhou a par ailleurs rappelé le soutien qu’octroient les autorités suisses aux PMA, allant de l’assistance financière pour la location de locaux administratifs, à la possibilité de n’ouvrir qu’une seule représentation diplomatique sur le territoire helvétique, avec compétence tant pour les relations bilatérales avec la Confédération suisse, que multilatérales avec les organisations internationales basées à Genève. De même, certaines organisations intergouvernementales à l’instar de l’ACICI, à travers son Unité pour les Non-Résidents, peuvent dans ce contexte apporter un soutien logistique et matériel fort appréciable, a-t-il ajouté.

S.E. M. Améhou a reconnu que les efforts financiers sont réels, mais nécessaires, voire indispensables, pour tout pays qui souhaite défendre au mieux ses intérêts commerciaux à l’OMC.

En tant que diplomate et négociateur à l’OMC, S.E. M. Améhou a déclaré que le lancement de l’Initiative sectorielle en faveur du coton en 2003 restera pour lui une expérience mémorable. Au regard des forces en présence, rien en effet ne laissait présager la prise en compte de cette Initiative et l’inscription de la question du coton à l’ordre du jour des négociations multilatérales. Pourtant, à force d’arguments, d’abnégation et d’un formidable travail d’équipe, ce sujet a fini par obtenir la reconnaissance qui est la sienne aujourd’hui.

Selon l’Ambassadeur Améhou, la morale de cette expérience passionnante est qu’il n’existe ni de petites causes, ni de petits pays dès lors que l’on a connaissance de ses droits et qu’ils sont défendus avec vigueur et conviction.

MICRO-PORTRAIT

Nom :

S.E. M. Samuel Améhou

Fonctions actuelles :

- Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Bénin près la Confédération helvétique, l’Autriche, la Hongrie, la Slovénie, la Croatie et la Bulgarie ;

- Ambassadeur, Représentant permanent du Bénin auprès de l’Office des Nations Unies et des autres organisations internationales basées à Genève ;

- Coordinateur du Groupe africain à l’OMC ;

- Coordinateur de l’Initiative sectorielle en faveur du coton à l’OMC.

Formation :

- Diplômé du Centre de Formation Administrative de Perfectionnement (CEFAP), option Diplomatie – Bénin

- Maîtrise d’allemand de l’Université de Saarbrücken – Allemagne

- Licence d’allemand de l’Université d’Abidjan – Côte d’Ivoire

Carrière :

- Coordinateur du Groupe ACP à l’OMC ;

- Ministre plénipotentiaire, chargé de l’ouverture de la Mission permanente du Bénin à Genève ;

- Rapporteur de la Commission des Nations Unies sur le désarmement ;

- Ministre conseiller à la Mission permanente du Bénin à New York ;

- Premier Secrétaire, Deuxième Conseiller, Chargé d’Affaires a.i. Ambassade du Bénin, Bonn.

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Outre d’éminentes fonctions occupées au sein de la Haute fonction publique béninoise, au Ministère des Affaires étrangères notamment, S.E. M. Améhou s’est vu décerner de nombreuses distinctions honorifiques par les autorités de la France, de l’Allemagne et du Bénin. Par ailleurs, S.E. M. Améhou a représenté le Bénin à de nombreuses réunions internationales.


 

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