Compte
rendu de la réunion des Ministres du
commerce des PMA sur la relance des négociations post Cancún
Dakar (Sénégal), 4-5 mai 2004

Introduction
Sur l'agriculture
Sur le coton
Sur l'accès aux marchés des produits agricoles
Sur les Questions de Singapour
Sur le Cadre intégré
I.
Introduction
1. Les Ministres
du commerce des pays les moins avancés (PMA) se sont réunis à
Dakar, les 4 et 5 mai 2004, sous la co-présidence des Ministres
chargés du commerce de la Tanzanie et du Sénégal. De nombreuses
personnalités ont participé à cette réunion, parmi lesquelles :
M. Supachai Panitchpakdi, Directeur général de l'OMC, M. Anwarul
Chowdhury, Secrétaire général adjoint de l'ONU, Haut représentant
de l'ONU chargé des PMA, M. Pascal Lamy, Commissaire européen
au commerce et M. Jayan Cuttaree, Ministre du commerce de Maurice,
représentant le Groupe des 90 (« G - 90 ») [Note
1].
2. Ont également
pris part à la rencontre des représentants d'organisations internationales,
notamment de la CNUCED, du CCI et des partenaires au développement
multilatéraux (Banque mondiale, Union européenne [UE]) et bilatéraux
(Canada, France, Pays Bas, Royaume-Uni et Suède). Mme Esperanza
Duran, Directrice exécutive de l'ACICI, a participé en tant qu'invitée
officielle du Gouvernement du Sénégal, accompagnée par M. Falou
Samb, Cadre associé chargé des PMA francophones.
3. Ouvrant la
séance, Madame Awa Gueye Kébé, Ministre sénégalais du commerce,
a souhaité la bienvenue aux participants, au nom de Son Excellence
Maître Abdoulaye Wade, Président de la République du Sénégal,
et du Gouvernement. Elle a également adressé ses remerciements
aux partenaires au développement pour leur important soutien technique
et financier, qui a contribué à la réussite de l'organisation
de la réunion. Une mention spéciale a été décernée à l'ACICI dans
ce cadre.
4. Le Ministre
tanzanien du commerce, en sa qualité de porte-parole du Groupe
des PMA à Genève, s'est félicité de la tenue à Dakar de cette
rencontre, qui consolide l'alliance entre les PMA, existant depuis
2001 suite à la réunion de Zanzibar (Tanzanie, 2001), à laquelle
les PMA avaient élaboré une plate-forme commune contre leur marginalisation
dans le système commercial multilatéral. Cette alliance s'est
renforcée à Doha et s'est encore manifestée à Cancún, en tant
que force de négociation crédible au sein de l'OMC.
5. La réunion,
qui a enregistré une forte participation des Ministres du commerce
des PMA, a examiné les principaux sujets suivants :
• Agriculture ;
• Initiative sectorielle sur
le coton ;
• Accès aux marchés pour les
produits non agricoles ;
• Questions de Singapour ;
• Questions de développement ;
• Assistance technique liée
au commerce en faveur des PMA : le Cadre intégré.
6. Les objectifs
visés par cette troisième réunion ministérielle des PMA, après
celles de Zanzibar et Dhaka (Bangladesh), ont été de permettre
aux PMA de faire des propositions concrètes, sur les sujets clés
actuellement débattus à l'OMC, en se basant sur la Déclaration
de Dhaka (mai - juin 2003) et sur le Projet de texte ministériel
de Cancún (PTM), encore appelé « texte de Derbez » [Note
2], qui a été retenu comme base de relance des négociations
après Cancún.
7. Les Ministres
ont également voulu mettre un accent particulier sur certaines
questions spécifiques telles que les thèmes de développement,
l'assistance technique en vue de traiter les contraintes de production
et d'offre des PMA et de mieux rationaliser le Cadre intégré,
ainsi que pour favoriser une meilleure intégration des PMA au
système commercial multilatéral.
8. Le Commissaire
européen chargé du commerce a exhorté les PMA à faire des propositions
concrètes exprimant clairement leurs priorités et préoccupations
afin de donner une impulsion forte et positive pour bénéficier
pleinement du Programme de travail de Doha. Rappelant son attachement
à la poursuite des négociations, il a dit que l'UE était tout
à fait disposée à trouver des solutions de compromis afin de répondre
aux préoccupations des PMA.
9. A cet égard,
il a souligné l'évolution significative de la position de l'UE
sur les sujets de négociation actuels, en particulier : l'engagement
de l'UE d'adopter les 27 propositions sur le traitement spécial
et différencié qui étaient sur la table à Cancún ; l'offre
faite aux pays membres du G-90 de bénéficier - seuls - de l'ensemble
des résultats des négociations actuelles dans tous les domaines,
avec comme double contrepartie des consolidations tarifaires et
un accord sur la facilitation du commerce de la part des PMA.
10. Le Secrétaire
général adjoint de l'ONU chargé des PMA a rappelé les principales
contraintes auxquelles font face les PMA dans le commerce. Il
a réitéré le rejet des Questions de Singapour et s'est félicité
de la mise en place d'initiatives, telles que l'« AGOA »
et « Tout sauf les armes ». Cependant, il a condamné
la persistance des obstacles non tarifaires et la fluctuation
des prix des produits de base, qui empêchent les PMA de profiter
pleinement des opportunités d'accès aux marchés.
11. Le Directeur
général de l'OMC a, pour sa part, rappelé les urgences auxquelles
les pays membres doivent s'atteler afin de conduire les négociations
à leur terme. C'est le cas de l'agriculture où l'obtention d'un
consensus sur un cadre pour la négociation des modalités faciliterait
la poursuite des négociations. Il a rappelé les acquis importants
en faveur des PMA, notamment l'exonération d'engagement de réduction
dans le cadre des négociations sur l'accès aux marchés des produits
non agricoles, sans compter la disposition de certains pays membres
et des bailleurs de fonds, tels que la Banque mondiale et le FMI,
à soutenir les efforts de développement des PMA.
12. Il a aussi
plaidé pour l'examen, en priorité, du traitement spécial et différencié
sur lequel les pays en développement ont déjà fait des propositions
concrètes. Enfin, il a souhaité que la Déclaration de Dakar reflète
les priorités des PMA, tout en les invitant à faire preuve de
souplesse sur leur position afin de contribuer à la relance des
négociations actuelles.
13. Il a expliqué
qu'il revenait aux délégués de se réunir en sessions de travail
sur les différents sujets de négociation, qui ont abouti à la
« Déclaration de Dakar ».
Sur l'agriculture :
14. Apres une introduction
du Ministre ougandais du commerce, les orientations suivantes
ont été données aux négociateurs des PMA :
• amélioration de
l'accès aux marchés par la suppression des obstacles non tarifaires :
les PMA demandent plus que jamais la consolidation des nombreuses
initiatives relatives à l'accès aux marchés prises par les pays
développés et certains pays en développement. Cette consolidation
doit se traduire par l'inclusion d'une formule obligatoire dans
le texte du PTM ; • élimination de
toute forme de subvention et autres mesures de soutien interne
sur tous les produits présentant un intérêt à l'exportation pour
les PMA ; les PMA ont été invités par le Commissaire Lamy
à s'exprimer sur l'offre faite par l'UE concernant la présentation
de la liste de ces produits, mais il semble que le jeu des alliances
stratégiques a encore repoussé une telle décision sur cette proposition
concrète mise sur la table depuis Cancún ; • accès à l'aide
alimentaire en cas d'urgence ; • compensation de
l'érosion des marges préférentielles.
15. Les Ministres
ont également mis l'accent sur la nécessité de sauvegarder les
régimes préférentiels en faveur des PMA ou d'aménager des compensations
adéquates, ainsi que sur la levée ou l'assouplissement des règles
d'origine, les mesures sanitaires et phytosanitaires et d'autres
obstacles non tarifaires qui gênent l'accès des produits venant
des PMA.
Sur le coton :
16. Suite à la
communication du Ministre béninois du commerce, des débats ont
été engagés sur l'état d'avancement du dossier, qui n'a connu
aucun progrès tangible, malgré la mobilisation et les espoirs
suscités par la présentation de ce dossier sur la table des négociations
à Cancún. Les consultations menées après la Conférence ministérielle
avec les principaux pays mis en cause n'ont pas encore permis
de débloquer la situation, en particulier sur le volet commercial
lié au traitement des subventions.
17. Le volet
développement de la filière du coton a progressé avec la tenue
de la réunion de Cotonou (Bénin, avril 2004). Un point qui a largement
dominé les débats est celui de l'intérêt ou non de traiter le
dossier coton dans les négociations globales sur l'agriculture,
plutôt que de lui réserver un traitement séparé, cette deuxième
possibilité n'ayant pas connu de succès jusqu'à présent.
18. Les Ministres
semblent avoir évolué sur cette approche et ont réitéré que leur
préoccupation majeure demeure la résolution urgente et durable
du problème du coton. Ils souhaitent obtenir suffisamment de garanties
pour que toutes les préoccupations des PMA soient prises en compte
dans le cadre des négociations de ce dossier dans le paquet global
de l'agriculture.
Sur l'accès aux marchés
des produits agricoles :
19. Apres l'introduction
du Ministre du commerce du Bangladesh, les PMA ont noté qu'il
n'y a eu aucun progrès significatif sur ces négociations depuis
Doha. Bien que le PTM prenne en compte la préoccupation des PMA
relative à l'exemption d'engagements de réduction, les PMA ont
tout intérêt à mettre l'accent sur la promotion et le développement
des produits non agricoles qui concernent près de 90% des échanges
commerciaux mondiaux. A cet effet, les Ministres des PMA continuent
d'exiger un accès aux marchés en franchise de droits et sans contingent
dans les pays développés, mais ont insisté sur l'application de
règles d'origine réalistes et simplifiées. Les PMA invitent également
les pays en développement à leur octroyer les mêmes faveurs.
20. Sur la question de
l'érosion des marges de préférence, du fait des réductions tarifaires
NPF, des mécanismes de compensation appropriés sont nécessaires
afin de limiter les pertes de parts de marché qui seraient consécutives
à de telles réductions, en particulier aux dépens des entreprises
naissantes. Les PMA soulignent que les négociations sur les obstacles
non tarifaires devraient se dérouler au sein du Groupe de négociation
sur les produits non agricoles. Ils ont demandé à bénéficier d'un
moratoire sur toutes les mesures qui frapperaient leurs exportations,
notamment les mesures anti-dumping.
Sur les Questions de Singapour :
21. Le Ministre
cambodgien du commerce a introduit ce thème et a souligné l'hostilité
de la plupart des membres de l'OMC envers ces questions. En effet,
ces derniers ont systématiquement rejeté les négociations proposées
à Cancún. Selon lui, la majorité des membres, dont les PMA, s'interrogent
encore sur la pertinence d'inclure ces nouveaux sujets alors que
les négociations actuelles sont dans une impasse.
22. Réaffirmant
leur position prise à Cancún sur la poursuite du processus de
clarification, qui nécessitera du temps et des moyens en termes
d'assistance technique, les Ministres des PMA ont sensiblement
évolué et se disent disposés à envisager des débats sur la facilitation
des échanges, où le consensus commence à se dégager. Les PMA ont
assorti leur accord sur la facilitation du commerce d'un accord
sur les éléments suivants : l'adoption d'une disposition
exemptant les PMA d'actions pour le règlement des différends et
la mise à disposition d'une assistance technique appropriée pour
évaluer les implications et faire face aux coûts liés à la mise
en ouvre.
23. Les PMA ont
pris position sur l'option consistant soit à maintenir les autres
questions dans le cadre du Programme de travail de Doha, soit
de les exclure définitivement du programme de négociations de
l'OMC. Les PMA réitèrent le besoin de « laisser en dehors
du Programme de travail de Doha » les trois Questions de
Singapour restantes.
Sur le Cadre intégré :
24. Des présentations
ont été faites sur les expériences des quatre pays qui ont pu
bénéficier d'un programme du Cadre intégré pour l'assistance technique
liée au commerce, à savoir le Cambodge, Madagascar, la Mauritanie
et le Sénégal. Les différents Ministres ont passé en revue les
différentes phases d'élaboration dudit Programme et son intégration
dans leurs Documents de stratégie de réduction de la pauvreté
(DSRP), sa contribution en tant que cadre permanent de financement
du développement apte à favoriser une meilleure intégration des
PMA dans le système commercial multilatéral, ainsi que les relations
avec les six organisations internationales partenaires (Banque
mondiale, FMI, OMC, CCI, CNUCED et PNUD).
25. Ces présentations
ont mis en relief le problème récurrent évoqué par ces quatre
pays, qui est celui du financement des projets identifiés en vue
de la mise en ouvre de leur programme du Cadre intégré. Ainsi,
certains PMA bénéficiaires du Cadre intégré recherchent toujours
des fonds en vue de financer les projets retenus dans leur programme.
Ce manque de fonds découle des contraintes liées aux procédures
de décaissement des bailleurs de fonds qui ralentissent la mise
en ouvre des projets validés. A l'issue des débats, les autres
PMA ont été invités à s'inspirer des expériences de ces quatre
pays. Ils ont également demandé l'appui de l'OMC pour organiser,
dans les meilleurs délais, une réunion internationale conjointe
en vue de la mise en place d'un dispositif efficace de suivi de
la mise en ouvre des programmes du Cadre intégré.
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